Le Pranayama est un vaste sujet et cet article rend uniquement compte de mon expérience au

Santosh Puri Ashram et de l’enseignement de Ganga Puri Rox. Il n’a aucunement prétention à être exhaustif sur le sujet.



Ce n’est qu’après quelques années de pratique du yoga et presque autant de séjours au Santosh

Puri Ashram que le Pranayama est devenu pour moi une pratique quotidienne, la suite logique de la pratique posturale et le trait d’union nécessaire entre asanas et méditation.

Pratiquer le Pranayama enrichit ma pratique posturale en la rendant plus consciente, plus subtile et facilite et renforce mon expérience de la méditation ou du moins des états méditatifs les rendant plus rapidement accessibles et plus profonds.


Il est difficile de partager une telle pratique et encore plus l’expérience des ressentis. Mais peut-

être est-il utile d’apporter ici quelques éléments théoriques de base pour situer globalement la

pratique du Pranayama dans le Yoga dans son sens large, c’est-à-dire comme système complet

englobant plusieurs membres (ou piliers) permettant l’union (cf. l’éthymologie du mot Yoga) de

l’être humain dans ses différents aspects (physique, psychique et spirituel) et l’union de l’être

humain avec la Conscience universelle ou le Divin.


Le système de l’Ashtanga Yoga (à ne pas confondre avec l’ashtanga vinyasa yoga de Pattabhi

Joys), selon Patajanli, comporte 8 membres et est la voie du Raja Yoga :

Yamas, Niyamas, Asanas, Pratyara, Pranayama, Dharana, Dhyana et Samadhi


Le Hatha Yoga se réfère à un système à 7 membres :

Shatkarma, Asanas, Mudras, Pratyara, Pranayama, Dhyana et Samadhi


Dans ces 2 systèmes, le Pranayama (qu’il soit placé juste avant ou juste après) est associé à

Pratyara.

Pratyara est le retrait des sens et crée la patience.

Pranayama est le contrôle du souffle et apporte la lumière.


Ensemble, Pratyara et Pranayama donnent accès à l’équilibre et constituent un pont entre les

pratiques plus physiques (Yamas, Niyamas, Shatkarma, Mudras et Asanas), et celles, plus subtiles (Dharana, Dhyana et et Samadhi).


Pranamaya Kosha, le corps énergétique est le lieu du Pranayama, lequel fait aussi le pont entre

nos autres corps (physique et émotionnel, intellectuel et celui de la félicité.)


Le Pranayama est la gestion de la respiration, dans sa dimension énergétique.

Prana signifie la force vitale et Ayam est le contrôle.


Le Prana est l’aspect subtile de la respiration : Pra signifie le suprême et Na la manifestation.


On prend soin de tout le corps avec le Prana en l’amenant dans des parties spécifiques.

Le Prana circule dans des « canaux », les Nadis. Nadi signifie « courant / flot » et est l’aspect subtile des « nerfs ». Il y a 72000 nadis dans le corps (Pranamaya Kosha)


Le long de la colonne s’élèvent 3 principaux Nadis :

  • Ida : narine gauche / Chandra, la lune / énergie féminine / le froid / le yin…

  • Pingala : narine droite / Surya, le soleil / énergie masculine / le chaud / le yang…

  • Sushumna : la canal central au bas duquel est lovée l’énergie dormante de la Kundalini et par lequel elle s’élève.


Outre les Nadis, la pratique du Pranayama permet également d’activer et d’affiner la perception

d’autres éléments du corps énergétique, les Chakras (centres énergétiques) et les Vayus

(différents souffles).

Les principaux chakras , reliés à différents éléments, couleur et son (Bija Mantra) sont :

  • Muladhara : la racine, tout en bas de la colonne vertébrale / la Terre / Rouge / Lam

  • Svadhistana : la base de la colonne, à hauteur des organes génitaux / L’eau / Orange / Vam

  • Manipura : derrière le nombril / le Feu / Jaune / Ram

  • Anahata : derrière le coeur / l’Air (la lumière, le soleil) / Vert / Yam

  • Vishuddhi : la gorge / L’espace (éther) / bleu ciel / Ham

  • Ajna : derrière le centre entre les sourcils / La conscience / Bleu nuit / Om

  • Bindu : le sommet de l’arrière de la tête / pourpre / Om

  • Sahasrara : le sommet du crâne et au-dessus / violet / Om


Les principaux Vayus sont :

  • Apana : sous le nombril

  • Samana : du nombril au coeur

  • Prana : la poitrine

  • Udana : au-dessus des clavicules

  • Vyana : tout le corps


Globalement, améliorer la respiration influence la qualité et la durée de vie. Le contrôle de la

respiration et du Prana influence le vieillissement, la santé et l’esprit (le mental)

Cependant, chaque Pranayama a des effets différents :


Nadi Sodhana : Effet calmant, harmonisation des 2 hémisphères cérébraux.


Anulom Vilom : Effet calmant et équilibrant, réduit l’anxiété et le stress, améliore la concentration.

Améliore les problèmes respiratoires (asthme, bronchites…)


Bhastrika : Nettoie les muqueuses, élimine les toxines, nettoie et renforce les poumons,

améliore et la circulation sanguine et purifie le sang, active la digestion, nourrit les tissus par un

apport d’oxygène, augmente la concentration et la vitalité. Réduite l’anxiété, le stress. A un effet

favorable sur les problèmes de peau. Facilite la méditation, le centrage sur soi, la paix et

l’harmonie.


Surya Bedha : Effet rajeunissant. Eveille de la chaleur, du feu, voire, la kundalini. Effet

énergisant, bon contre la léthargie et l’hypotension et les problèmes d’infertilité.


Ujjayi : Effet tranquillisant et réchauffant. Calme l’espriit. Bon contre l’insomnie. Réduit la

fréquence cardiaque (et l’hypertension) Effet bénéfique sur la constipation, les ulcères, la fièvre.

Limite la peur du vieillissement.


So Ham : Prépare pour la méditation et le détachement, y compris de son corps pour

accéder au « divin » ou du moins, au « plus grand que soi »


Bhramari : Supprime stress, anxiété et insomnie. Réduit les tensions et la colère e t

harmonise l’esprit.Fait baisser la pression sanguine. Renforce le système immunitaire, améliore la voix et les problèmes de gorge.


En conclusion, le Prana est à la fois la cause et la solution ; le poison et le remède.

Le Pranayama, qui en est le contrôle, doit donc être pratiqué avec prudence et en conscience.

Nous avons vu que le Pranayama concerne le corps énergétique et va interagir avec chacun de

ses constituants (chakras, nadis et vayus)


Il ne faut pas confondre le Pranayama avec des exercices respiratoires qui ne concerneraient que le corps physique.


Enfin, d’après Ganga Puri il y a 6 éléments qui facilitent la pratique du Pranayama et plus

généralement celle du Yoga : l’enthousiasme, le courage, la patience, la connaissance juste, la

ferme détermination et la bonne compagnie.


C’est tout ce que je vous souhaite en cette fin de période de vœux.


A bientôt,


Om Véronique

AYRI (Ashtanga Yoga Research Institut), fut la dénomination donnée par Pattabhi Jois à son centre international de ashtanga yoga. Un nom qui nous place clairement dans la dimension d'apprentissages. La mort du Maître, aura apporté quelques changements mais pas de réels bouleversements.

L’ «ekam inhale» ne résonne plus aussi souvent dans les rues de Gokulam. Il a été transporté en zone industrielle. Sa vibration, un brin métallique, conduit 500 élèves ashtangis du monde vers la voie de Guruji Sharat. L’engouement, grandissant, s'est un peu industrialisé et l'humilité réajustée à d'autres critères. Cependant, la méthode est fondamentalement présente, la foi de ses adeptes ne s'est pas démentie.


En vis à vis, les enseignants certifiés du vieux Maître ne manquent de rappeler leurs implications dans ce succès, dont ils tirent déjà de grands bénéfices. Démarches légitimées par posts interposés dans ce que chacun croit détenir : la vérité. Dans ce contexte quelque peu contradictoire, les pratiquants expérimentés ont fait leur choix. Reste à définir pour le débutant la direction de son propre cheminement…


La fin de l’ère Pattabhi et le boom des medias a vu émerger une nuée de personnalités à l’exercice facile pour multiplier les méthodes de développement. Sous l'argument pédagogique sont apparus de nouveaux modes d'apprentissages. Les tutoriels de sauts, équilibres, ponts, nourrissent nos illusions et font la fortune de ces performeurs en quête de gloire. Repris et copiés dans les workshops, pour la plus grande ambition de l'aspirant yogi.

«Do your practice», reste la doctrine des disciples de Pattabhi Jois. Sa technique de transmission, basée sur une évolution posture par posture, vinyasa par vinyasa, correspond-elle à nos nouvelles dynamiques ? La pratique du ashtanga vinyasa, réputée pour sa rigueur, peut provoquer bien des tiraillements : entre l'installation d'une posture, sa transition et la finalisation des séries, comment trouver le juste effort ?


Les séries sont énumérées 1, 2, 3… Nous prenons vite conscience du long processus routinier de la première mais l'intermédiaire est en visée. L’humilité, pour se détacher - intention à laquelle tout yogi semble s’attacher – se désuni à l'approche des premières prouesses à réaliser. L’imaginaire lui, a déjà érigé ses fondations, mais le corps, ne suit pas. Inutile de s‘alarmer, il est toujours possible de télécharger un « tuto », cela précipitera la tenue du vinyasa «sapta» (septième vinyasa les sauts). Décomplexé, avec toute la panoplie hand stand presque là. Pourtant cela paraissait si simple sur «Insta». Des jours, des mois sur une répétition forcée, yogi s’éloigne de chikitsa (série 1 - la purification), l'allégresse est à ressembler aux stars du ashtanga. Dérive en «Soi» pour seulement un vinyasa.


Peut être qu'un jour cela viendra, muscles tétanisés, bandas à bout de bras, sans verrou nadi sodhana (série 2 - purification des canaux énergétiques) nous y sommes déjà. Ainsi se limite vinyasa à quelques suryanamaskars (salutations au soleil) puis exercices préparatoires pour des générations crédules aux likes et commentaires faussés. Libérés de l'emprise de ce triste monde conditionné, les drishtis tournés vers l'écran «drop back» dans le même élan. Chikitsa allié du Soi, la transformation s’opérera à l’acquisition du vinyasa bakasana.


Pas de jugement, ni de nostalgie. A l'origine de cette créativité il est nécessaire d'y associer ces apprentissages longuement répétés par ceux dont les réalisations paraissent instantanées.

L’exercice routinier du krama (technique évolutive ), dont l’objectif s’inscrit en ekagrata (fixation de la concentration) ne se limite pas à un mouvement du corps et de respiration ni à sapta ou chatuari. Mais à une énergie globale dont le vinyasa serait l'apaja japa (So Ham, mantra) support à l’état de méditation. L'acquisition des postures, à juste mesure de ses capacités exempte de toute projection, l'esprit s’allège. Santosha (le contentement) de ce qui est présent, toute charge mentale éliminée, buddhi (facultés intellectuelles ) suggère au corps la possibilité de s’élever.


Naturellement, le processus est long et chacun évolue à son rythme, confronté à ses écueils, ses réussites, ses peines et ses joies. Ainsi, yogi chemine sur la sadhana. L’égarement vers quelques raccourcis imaginaires ou nécessaires est alors l'expression sincère de notre démarche dans le yoga.


« yoga is mind control »

Pattabhi Jois

Sur la route du yoga, de l’union du corps et de l’esprit.

par Véronique Roudon


A 10 jours de faire mon sac pour l’Inde, petit retour en arrière pour apprécier (dans le sens goûter, savourer et remercier, loin de toute notion d’évaluation ou de progrès) le chemin parcouru depuis mon 1er séjour au Santosh Puri Ashram à Haridwar.



2014, j’arrive au Santosh Puri Ashram plutôt contente de ma pratique du yoga, un peu convaincue, il faut bien le dire, de la supériorité du Ashtanga Vinyasa Yoga sur toutes les autres sortes de yoga. Et puis, j’ai fait le cycle MBSR (Mindfulness) alors, la méditation… je connais !


1 mois pour abandonner ces repères et me laisser porter par l’inconnu, l’insaisissable. Observer

mes réactions, parfois des résistances et puis des maladresses, face à ce monde tellement

étrange à mes yeux. Accepter de me sentir bête et revenir pleine de questionnements et

d’incompréhensions. Juste consciente de mon ignorance, avec une seule envie, y retourner.


D’autres séjours, depuis, m’ont permis de me familiariser avec les rituels et les pratiques, à

ressentir leurs effets, à modifier mon approche du yoga.

Au Santosh Puri Ashram, j’ai fait l’expérience d’un lieu, un espace de paix et de lumière baigné par le Gange et surveillé par la jungle, empli de la présence de Babaji et de Mataji ; ouvert sur la ville sainte et très traditionnelle d’Haridwar mais également sur le monde, avec la venue de nombreux occidentaux.


En retournant au Santosh Puri Ashram, j’aspire à retrouver les « enseignements » de Mataji et de Babaji. De Mataji, l’amour universel et inconditionnel, de Babaji, Santosha, le contentement. Pas de dogme, juste leur énergie, vibrante, presque palpable.

L’occasion aussi de re-questionner la place du yoga dans ma vie. Pourquoi je pratique le yoga ?

Pourquoi tenter d’enseigner le yoga ?

Peut-être est-ce la question à se poser avant de se demander « Comment ? » ; « Quel type de

yoga pratiquer ? » ou « comment enseigner ? »


Nous en parlions ce matin avec Malek et quelques élèves du cours du samedi matin : Quelle(s)

intention(s) anime(nt) les élèves qui débutent le yoga ? Que viennent-ils chercher dans un cours,

derrière le phénomène de mode et la notion de bien-être physique ? Y a-il une dimension spirituelle ? Une recherche de connaissance de soi ? Et comment tout cela évolue-t-il au cours des années ? Peut-on perdre de vue ce qui nous animait et se laisser piéger par de nouveaux

conditionnements et chimères de réussite, d’une posture ou d’une série ?

Alors, voilà, à 10 jours de m’envoler pour l’Inde, il me semble indispensable de me questionner sur mon intention pour ce voyage. L’occasion de partager ces interrogations avec chaque pratiquant en se rappelant qu’il peut être intéressant de se demander avant chaque cours quelle est notre intention ? Pourquoi s’est-on inscrit cette année ? Pourquoi sommes nous là, ce matin, ou ce soir, sur le tapis ?


Car la pratique du yoga n’est pas anodine et peut-être serait-il raisonnable d’arrêter si nous

voulons que rien ne change dans notre vie. Pour ma part, le yoga a doucement et

merveilleusement changé non seulement la destination de mes « vacances » mais mon rythme de vie, mes relations familiales et sociales, mon alimentation et hygiène de vie ainsi que ma vie

professionnelle. Pas sur le mode contrainte ou frustration juste au gré de mes ressentis en

observant de nouvelles évidences.


Allez je rajoute une intention : ne pas trop avoir d’intention (hi hi!). Cesser d’attendre quelque chose et me laisser toucher par ce qui est là. J’entends Ganga Puri dire « stop to be a sucker and become a giver ». Sourire à cette volonté de toujours vouloir (ap)prendre quelque chose.


Retourner au Ashram en oubliant les précédents séjours. Aborder chaque salutation au soleil, chaque chant le matin ou le soir comme si c’était la 1ère fois.

M’assoir au bord du Gange pour faire l’expérience du lever de soleil sur l’Himalaya en ayant une seule prière : pas pour demander mais une prière de remerciement, d’amour et de gratitude pour la fleur qui flotte à la surface du Gange, offrande faite en amont, témoignage de la foi, de la dévotion et de l’humilité, omniprésentes en Inde.



Expire, inspire. Expire, inspire.


Om

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